Dés le premier février une vague de froid s'étendit sur toute la France et dura tout le mois. Après des chutes de neige importantes la température descendit jusqu'à mins vingt ou moins vingt cinq degrés. Le mois de janvier fut pourtant très doux. Il y eut d'importantes chutes de neige accompagnées d'un vent violent qui construisit des congères passant au dessus des barrières de barbelés dans les champs.

Avec un voisin, nous nous sommes aventurés dans le champs en face de chez nous. Au départ, nous avions peur de nous enfoncer complètement dans la neige et de ne plus pouvoir en sortir. Mais on se rendit compte qu'en marchant, la neige se tassait sous nos pieds, ce qui stoppait notre enfoncement.

Chez moi, on avait une belle luge solide héritée de mes grands parents. Elle ne ressemblait pas du tout aux luges qu'on trouvait à l'époque dans le commerce. Ses patins ressemblaient à de vrais skis sur lesquels on avait monté son assise. Elle était originale.
Je l'ai conservée longtemps dans mon grenier de Chassignol jusqu'à ce qu'elle soit jetée au rebus de la déchetterie.
La phto ci contre ne représente pas cette luge.

Bien sûr on allait malgré tout à l'école emmitouflés dans une chaude canadienne doublée de peau de mouton, avec des caleçons longs dessous nos pantalons de golfes ou en fuseau. Ces derniers étaient fixés sous nos talons par des élastiques afin qu'ils ne sortent pas de nos chaussures. En plus de nos grosses chaussettes de laine nous mettions dans nos chaussures montantes des feuilles de papier journal, des chaussettes russes. Pour protéger les mains nous avions soit des gants en laine, soit des moufles. Sur la tête un bonnet de laine recouvrait nos oreilles afin de ne pas contracter une otite.
Le froid était si intense que malgré tout nous souffrions de l'onglée, cette douleur insupportable au bout des doigts qui nous fait secouer la main pour la réchauffer.
On attrapait aussi des engelures sur les doigts de pieds. Une fois réchauffés, ils devenaient rouges et étaient le siège de pénibles démangeaisons.

Au retour de l'école, pour nous réchauffer, nous exposions tour à tour notre dos et note ventre devant la cuisinière chauffée au rouge. Quelquefois, assis devant, nous mettions précautionneusement nos pieds dans le four afin de les réchauffer. Mais cela provoquait des engelures.

Lorsque nous toussions, ma mère nous passait de la pommade Bronchodermine sur la poitrine qu'elle recouvrait d'une large plaque de coton hydrophile. Notre toux rauque et sèche au début se transformait grâce à cette médecine en toux grasse. On disait qu'elle décrochait.

A la radio, on mettait en garde les enfants qui pour s'amuser et gouter la neige, la léchait sur une rampe d'escalier en fer. Leur langue restait coller.

Malgré le chauffage dans la cuisine, les vitres étaient recouvertes de glace.
Dans les chambres, la température était très basse et il était difficile de nous enfiler sous les draps froids. Avant d'aller nous coucher, on mettait des briques dans le four de la cuisinière. Lorsqu'elles étaient très chaudes, on les enveloppait dans une housse en tissus confectionnée par ma mère et on les installait entre les deux draps. Mon frère Gérard et moi en possédions chacun une et une fois dans le lit nos pieds froids se réchauffaient à leur contact brûlant. Puis nous les draps et les couvertures scindant parfaitement nos épaules et notre cou, nous nus endormions.